Depuis près de
quarante ans, Carol travaille dans le théâtre professionnel en
tant qu’actrice, metteuse en scène et professeur. Elle a
appris à jouer grâce à des maîtres tels que Robert Lewis,
Morris Carnovsky, Charles Nelson Reilly, Joshua Shelley et
Michael Moriarty. En tant qu’actrice, elle a joué des rôles
secondaires et principaux à New York, dans des National
Touring Companies et des théâtres régionaux. Elle a joué des
personnages très variés tels que Tzeitle dans A Fiddler On The
Roof avec Zero Mostel et de nouveau Luther Adler, Agnes Nolan
dans George M! avec Mickey Rooney, Catherine dans Pippin, mis
en scène par Bob Fosse ou encore Guitele dans The Rothschilds,
aux côtés de Hal Linden. Elle apparaît sous les traits de Kate
dans La mégère apprivoisée et de Celia dans Comme il vous
plaira de Shakespeare et tient le rôle titre dans Hedda
Gabbler de Ibsen. Elle était la doublure d’Ellen Burstyn à
Broadway dans Sacrilege et coach pour Eve Ensler dans son
spectacle à Broadway, The Good Body. Elle a mis en scène des
pièces couronnées de prix telles que Une vie de théâtre de
David Mamet, Roméo et Juliette de Shakespeare et A Doll's
House d’Ibsen.
Elle a débuté sa carrière de professeur à l’Académie
Américaine d’Arts Dramatiques où elle est restée neuf ans,
puis a enseigné cinq ans au Studio T. Schreiber à New York.
Elle a par la suite créé son propre studio.
Carol déclare dans une interview:
" Je n’ai jamais eu ce qu’on appelle un mentor, mais il est
évident que j’ai été influencée. Quand je dis que je n’ai pas
eu de mentor, j’entends que même si j’ai eu des relations
professionnelles, elles n’ont jamais été sérieuses. Peut-être
était-ce simplement du au fait que j’étais très timide quand
j’étais jeune et que je me contentais de peu.
Peter Brook a eu un formidable effet sur moi. Grâce à son
travail, ses mises en scènes, ses livres, et pour l’avoir
entendu parler. Morris Carnovsky m’a énormément influencée.
Quand j’étais à l’université, j’ai passé un été à l’American
Shakespeare Festival. J’étais avec lui et je l’ai regardé
travailler. Grâce à lui je me suis clairement rendue compte,
alors que j’avais vingt ans, qu’il ne devenait jamais le
personnage. J’étais assise là dans son salon et je le
regardais se transformer totalement alors qu’il parlait de
différents personnages. Quand je lui ai fait remarquer cela,
il est devenu furieux et a dit “Je ne suis pas une personne
différente. C’est juste ce que je fais qui semble différent”.
Je considère cet épisode comme mon premier véritable cours de
théâtre, parce que c’est à ce moment que j’ai vraiment
compris.
Quand j’ai quitté l’école, j’ai travaillé avec deux personnes
qui furent mes principaux professeurs de théâtre. Joshua
Shelly avait travaillé dans un groupe de théâtre et fut
ensuite placé sur liste noire au début des années cinquante.
C’est pourquoi il n’a jamais eu le même type de carrière que
les autres. C’était un professeur formidable. Et j’ai
travaillé avec Charles Nelson Reilly au HB Studio parce que
j’étais chanteuse. Ainsi, j’ai d’un côté cette formation avec
une méthode plutôt traditionnelle avec Josh et j’ai eu cette
formation avec Charlie, une méthode active, exubérante,
excitante, basée uniquement sur « Est-ce que tu t’amuses ? ».
J’ai travaillé avec Bobby Lewis pendant un moment et c’était
formidable aussi. Et puis celui qui m’a également beaucoup
influencée, c’est Michael Moriarty, il fut le premier à me
dire, « Tout est dans la respiration! ».
A cette époque, j’enseignais depuis quelques années déjà. Je
jouais et j’enseignais, j’enseignais essentiellement tout ce
qu’on m’avait appris, et quelquefois ça marchait, d’autres
fois pas. Je n’ai pas une bonne mémoire, je ne me rappelle pas
bien de mon enfance, et vous savez, pour les exercices de
mémoire émotionnelle, j’étais perdue. Cela n’a jamais rien
signifié pour moi.
Puis j’ai joué une scène et j’ai travaillé à découvrir le
point de tension et à le relaxer. Je me suis uniquement
concentrée là-dessus. Et vous savez, ce fut le meilleur
travail que j’ai fait jusque-là.
Et je n’ai jamais compris ce que c’était. Il est intéressant
de remarquer que, en tant que chanteuse, j’avais bien plus
accès à mon instrument émotionnel, et bien plus facilement
qu’à mes débuts lors de ma formation d’actrice. Et je
n’arrivais pas à comprendre pourquoi, et personne ne pouvait
me l’expliquer. Ca m’embarrassait terriblement. Et puis j’ai
réalisé bien des années après que c’était parce que je
respirais bizarrement. C’était aussi simple que cela. Mais on
ne savait pas. Personne ne savait.
Il y a donc quelque chose sur mon expérience que j’ai fini par
comprendre grâce à la kinesthésie. Je n’ai pas nécessairement
d’expériences visuelles. Je n’ai pas nécessairement
d’expériences littérales. Alors je devais trouver un moyen de
travailler qui convienne avec ma manière d’apprendre. Et
maintenant en tant que professeur, je fais très attention à la
manière dont les élèves apprennent, afin que je puisse adapter
ce que je fais. Bien sûr, il est plus facile d’enseigner à
ceux qui reçoivent de la même manière que moi. Quand quelqu’un
est très littéral ou visuel, le défi est de trouver le moyen
de traduire ce que je fais pour qu’ils comprennent.
J’ai une méthode d’apprentissage basée sur la respiration, la
conscience et la joie. Si vous prenez du plaisir, vous en
donnerez aux autres. Et c’est tout ce qui compte. Je donne des
cours où tous les niveaux sont réunis, ainsi dans n’importe
quel cours, j’ai des acteurs débutants, des acteurs plus
expérimentés mais qui commencent avec moi, des personnes qui
sont avec moi depuis longtemps mais aussi des personnes qui
travaillent et puis reviennent prendre des cours quand ils
sont en ville.
Mes cours durent quatre heures. La première heure est un
exercice d’échauffement. Il s’agit d’un échauffement physique
de la voix et la respiration, et il contient l’essence même de
tous les concepts avec lesquels je travaille. Ensuite je fais
un exercice qui leur fait travailler la respiration sans avoir
la pression du texte. C’est du travail de groupe, tout le
monde le fait. Et c’est vraiment très simple. Le problème
c’est que c’est tellement simple que les gens veulent le
compliquer. La seule difficulté réside dans le fait que la
respiration mène facilement vers des réponses émotionnelles
très profondes. Selon moi, c’est comme apprendre à monter un
bronco non dompté : pour certaines personnes, lorsque les
émotions font surface avec beaucoup d’intensité, ils ont passé
le plus dur et sont certains de réussir. Mais d’autres ont
besoin d’apprendre comment progresser avec cette énergie
plutôt que s’asseoir dessus et penser à la manière de la
rectifier.
En tant que professeur, je pense que ma qualité est que
j’adore enseigner, et ça me surprend toujours autant. Il
m’arrive d’entrer dans un cours avec l’impression que le monde
entier me tombe dessus et pendant un instant, je ressens un
immense bonheur. J’ignore d’où ça vient mais je suis très
reconnaissante pour cela. Je pense que j’ai une qualité
d’écoute, qui fait que je peux conseiller chaque personne très
spécifiquement. J’adore jouer et je pense que c‘est la raison
pour laquelle je me concentre sur l’enseignement, parce que
c’est le monde idéal de la comédie qui m’excite vraiment.
J’essaie de créer un environnement d’enseignement aussi sûr
que possible. Je peux être sévère. Je peux être très
exigeante, mais je m’assure qu’avant de faire ça, il y a un
environnement sûr, accueillant d’où on peut apprendre. Avant
tout je veux toujours être aussi douce que possible, faire
beaucoup rire mes élèves. J’ai déjà vu des professeurs
humiliant ou dangereux, et je travaille dur pour créer un
environnement sain. Quand je donne aux élèves mon avis sur
leur prestation, je leur dis leurs points positifs parce
qu’ils savent ce qui ne va pas. Ils savent quand ils ne se
sentent pas bien. Je trouve donc que plus l’environnement est
sûr, plus je peux être dure et les élèves semblent apprécier
cela.
Il ne s’agit pas d’une technique traditionnelle. C’est tout
simplement une technique fonctionnelle, tangible et agréable
qui marche. J’ai eu une discussion avec une femme dernièrement
qui est étudiante au Strasberg Institute et elle me posait
pleins de questions sur mon travail, et je parlais, je
parlais, et elle me questionnait vraiment avec insistance, et
puis finalement elle me dit : « Alors, quelle technique
utilisez-vous ? ». Je lui répondis, “Qui êtes-vous, la police
de la méthode?”. Donc je pense qu’une partie de moi ne cesse
d’espérer que la police de la méthode va venir et m’arrêter.
Mais j’aime mon travail, et ça marche, et c’est très excitant
quand ça marche. Donc je pense que ce n’est pas seulement du à
ma personne ou à ma façon de faire, mais que c’est une
technique basée sur le corps qui est fiable, tangible et que
je peux emporter avec moi n’importe où.
J’aime travailler avec des étudiants passionnés, des personnes
qui ont besoin d’agir. Je ne me soucie pas du reste. Je me
fiche de leur âge ou de leur expérience ou inexpérience ou
autre. Ceux qui veulent vraiment faire ça, ce sont eux avec
qui j’ai envie de travailler. Là où il y a la passion, il y a
l’instrument. J’y crois profondément”.